Ces points dans les conclusions des Assises nationales qui bloquent le Dialogue national

Les points majeurs qui bloquent l’avancée du Dialogue national étaient tous réglés par les conclusions des Assises nationales. Lesquelles, le candidat Macky Sall avait adhéré à la veille de la Présidentielle de 2012. Le cumul de mandats, les libertés démocratiques, la suppression de l’article 80…Tous ces points viennent aujourd’hui mettre du sable dans le moulin de Famara Ibrahima Sagna. Donnant peut-être raison à ceux qui ont préféré boycotter l’appel du président de la République.

Lancé le 28 mai 2019, le Dialogue national, initié par le président de la République, Macky Sall marche à pas de caméléon. Cette expression de la volonté du chef de l’Etat, qui selon lui, constitue une exigence démocratique qui engage les différentes composantes de la société, bute sur plusieurs questions, constituant un grand obstacle à l’évolution des travaux, après plusieurs réunions.

L’un des principaux points de discorde, est la pertinence ou non d’amnistier Karim Wade et Khalifa Sall. Le 11 février, le débat était posé à nouveau sur la table de la Commission politique du dialogue national qui devrait poursuivre les discussions sur cette question.

Si l’opposition tient à ce que le point soit adopté, tel n’est pas le cas, au sein de la majorité présidentielle qui ne veut pas bénir cette requête. Karim Wade et Khalifa Sall qui ont été respectivement emprisonnés, puis graciés, dans le cadre de la traque des biens mal acquis de 138 milliards FCFA et du détournement de deniers publics d’un montant de 1,8 milliards FCFA, devront prendre leur mal en patience. Encore qu’il faut tout de même préciser que les deux principaux concernés ne sont demandeurs d’aucune amnistie. Convaincus qu’ils sont d’avoir été injustement condamnés.

Le cumul de mandats chef de parti-président de la République revient
La problématique de l’amnistie n’est pas le seul blocage. Les participants buttent aussi sur l’arrêté Ousmane Ngom, interdisant toute manifestation en Centre-ville de Dakar. Non sans oublier la nomination par décret présidentiel du maire de Dakar.

Jeudi, c’est la question du cumul de mandats président de la République chef de parti, qui devrait être débattue. « En 2024, le président de la République, une fois élu, avant de prêter serment, il doit démissionner de ses fonctions de chef de parti », c’est ce que proposent les Non-alignés.

Selon eux, pour protéger le président de la République qui est une institution, il faudrait que sa posture soit claire. Quand il agit ou qu’il parle que l’on puisse savoir exactement que c’est le chef de l’Etat qui parle. Qu’il n’y ait pas de confusion possible. C’est la raison pour laquelle, ils disent avoir proposé cette suppression.

Au regard de tous ces points de blocage, les « boycotteurs », qui doutent de la sincérité de Macky Sall, n’ont-ils pas raison d’avoir refusé de participer à l’initiative du président Sall, qui a exprimé sa disposition à mettre en œuvre les consensus issus de cet exercice important dans la poursuite de la modernisation du modèle démocratique.

L’un des doutes de la sincérité du Président Sall, d’après les « boycotteurs », c’est d’avoir rejeté les conclusions des Assises nationales, en 2012, et celles de la Commission nationale des réformes aux institutions (Cnri).

Ces points dans les conclusions des Assises nationales qui bloquent le Dialogue national

La charte des Assises nationales, jetée dans une poubelle nationale

Le Président Macky Sall n’est pas un chantre de la charte des Assises nationales, selon Babacar Justin Ndiaye, dans sa chronique Laser du Lundi sur le site Dakaractu.  Sans abuser de l’ironie, il soutenait que la charte des Assises nationales “filait tout droit vers la poubelle nationale, après une brève escale dans la corbeille nationale”. Sous l’ère Macky Sall, les conclusions de ce mémorable conclave ont, d’ores et déjà, un destin de détritus.

Après l’élimination des ténors de Bennoo Siggil Senegaal, les conclusions des Assises nationales et la Charte de la bonne gouvernance ont été remises à Macky Sall, pressenti pour le second tour de la présidentielle de 2012. Le candidat à l’époque s’était entretenu avec le président du Comité de pilotage des Assises nationales, Amadou Makhtar Mbow.

Macky Sall avait affirmé : « Naturellement, puisque nous sommes partie prenante des Assises. C’est quelque part un des candidats appartenant aux Assises nationales qui va au second tour. Il est donc normal que nous puissions solliciter l’appui de tous. C’est le deuxième combat ».

La question du cumul du mandat du chef de l’Etat déjà réglée par les Assises nationales

Les parties prenantes aux Assises nationales avaient rendu publique une « Charte de gouvernance démocratique » qui doit « guider la reconstruction nationale et le renforcement de la République ». Les recommandations du rapport général, long de 394 pages, sont aussi relatives à l’Agriculture, à l’Environnement, à l’Aménagement du territoire et aux Droits et Libertés, et surtout au cumul de mandat.

Sur ce, il était clairement établi que le président de la République « ne peut être ni chef de parti politique ni membre d’une quelconque association durant l’exercice de ses fonctions », et « à la fin de son mandat, un membre de la famille du Président de la République au premier degré (conjoint, ascendant, descendant, collatéraux, au premier degré) ne pourra pas lui succéder immédiatement ».

Les conclusions des Assises nationales réaffirment « la neutralité de l’État dans les affaires confessionnelles et son équidistance par rapport aux instances religieuses » et reconnaissent que « le pouvoir spirituel ne doit pas exercer son emprise sur les pouvoirs politique, civil et administratif et, inversement, le pouvoir temporel doit s’abstenir d’intervenir dans le fonctionnement du pouvoir spirituel ».

Elles rappellent également « le devoir de garantir la liberté de conscience et le droit d’exprimer ses convictions », estimant qu’il « ne doit y avoir ni privilège ni discrimination découlant d’une appartenance ou non à une confrérie ou à une confession » et que « l’État a le devoir d’assister toutes les institutions religieuses de manière transparente, sans discrimination aucune, dans des conditions déterminées par la Loi et dans le strict souci de préserver et de garantir la paix sociale et l’unité nationale ».

Dans le domaine des libertés individuelles et collectives, les initiateurs des Assises s’engageaient à instaurer un « Juge des libertés chargé notamment de contrôler l’exercice des libertés reconnues et de lutter contre les abus, en particulier en matière de garde à vue et de détention préventive (…) ».

Ces questions de fond qui freinent déjà les travaux du dialogue national, avaient été traités en profondeur par les acteurs des Assises nationales. De ce fait, tout porte à croire que les conclusions du Dialogue national pourraient finir dans la poubelle, tout comme celles des Assises.

pressafrik

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