ÉDUCATION : LES SIGNES D’UN MANQUE DE VOLONTÉ DU GOUVERNEMENT

L’école et l’université sont reparties pour une crise dont personne ne peut imaginer l’issue. Cette crise ne surprend guère car elle est la marque de notre école depuis bientôt 20 ans. Elle trouve son origine dans le refus du gouvernement à respecter les Protocoles d’accord, particulièrement celui de 2014 et de 2018. Pourtant à la signature du premier, le gouvernement par la voix de son ministre de la fonction publique d’alors, avait déclaré ledit protocole réaliste et réalisable. Et depuis rien. Sinon des lenteurs administratives dans le traitement des revendications et de la propagande tout azimut pour faire croire que les enseignants ne sont pas raisonnables.

En guise de rappel la plateforme revendicative tourne autour des points suivants : avancement, titularisation, passerelles professionnelles, régime indemnitaire, système de rémunération juste et équitable. En ce qui concerne le système de rémunération, il faut noter qu’il est très défavorable aux enseignants. Des agents de même hiérarchie gagnent 3 ou 4 fois plus que ces derniers. L’une des conséquences du faible niveau de revenu est la démotivation, du corps enseignant, attestée par beaucoup d’études.

La revendication qui concerne le corps des administrateurs scolaires montre à suffisance la mauvaise volonté du gouvernement, car la FASTEF depuis 2008 s’est doté du département d’Administration de l’Education (loi n°2008-40 du 20 Aout 2008). Il s’y ajoute que la FASTEF fait de la formation à distance (FAD). L’université Gaston Berger de Saint Louis, en 2010 a aussi, mis en place une UFR en sciences de l’éducation, de la formation et du sport SEFS en application du décret (n° 2010-1455 du 05 novembre 2010). L’objectif entre autres, de ce projet pédagogique est de former des cadres performants en administration et gestion de l’éducation.

Cette énième crise devrait pousser le gouvernement à enfin reconnaitre que notre école va à vau-l’eau, avec un manque criard d’infrastructures scolaires et une vétusté de celles qui existent. La conséquence de ce déficit en structures scolaires est partout visible. En banlieue dakaroise et dans toutes les grandes villes les effectifs sont pléthoriques, parfois plus de 80 élèves par classe. La résorption des 6000 abris provisoires tant annoncé et tant attendu n’est pas pour maintenant. A cet univers de manque généralisé il faut ajouter la vétusté de nos écoles élémentaires, de nos collèges et lycées.

Le mouvement des enseignants de PASTEF à maintes fois fait remarquer que beaucoup de nos écoles construites avant ou juste après les indépendances sont en ruine. Pourtant elles font parties des plus fonctionnelles car dotés de laboratoires, d’infrastructures sportives multifonctionnelles. Le programme de réhabilitation des lycées Kennedy, Blaise Diagne, Mixte Delafosse est à l’arrêt depuis plusieurs mois et chaque jour la presse soumet au regard de tous le spectacle de salles de classes sans toitures.

Aussi, les rapports faits par les autorités académiques font ressortir un déficit de plus 30 000 tables bancs. Dans ces conditions on oublie la vétusté du mobilier scolaire, la rareté du matériel didactique. Dans plusieurs pays la salle informatique relève du quotidien de même que la salle de robotique.
Plus grave est le déficit en personnel. Depuis plusieurs années l’Etat ne recrute plus de personnels spécialisés pour nos écoles, infirmier, assistant social, bibliothécaire, personnel de surveillance. Le personnel dit craie en main et dans les disciplines fondamentales comme les mathématiques, la philosophie, l’espagnol, est devenue une denrée rare. Une étude sérieuse montrerait un déficit de plus de 20 000 enseignants.

A y voir de près on a comme l’impression que le président de la république est arrivé au pouvoir sans avoir réellement un programme pour l’éducation et la formation. Ce n’est donc pas un hasard si de 2012 à aujourd’hui les résultats du bac n’ont pas pu dépasser les 39%.

Nous demandons solennellement au gouvernement la matérialisation des dits accords pour éviter aux parents le stress d’une énième crise scolaire.
Les parents d’élèves, la société civile doivent soutenir le combat des enseignants. C’est un combat pour une école dotée, de ressources nécessaires pour un travail de qualité.

Au-delà de la pression pour la satisfaction des revendications plus que légitimes des enseignants, nous devrions tous exiger une réforme en profondeur du système éducatif. Les sénégalais sont en droit de demander à ceux qui ont bénéficié des privilèges d’une école publique de qualité de rendre la monnaie de la pièce.

Par Moustapha FAYE,
Président du Mouvement des Enseignants de PASTEF

 

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