Le mari de Feue Fatoumata Mactar Ndiaye parle: «Même si Samba Sow était condamné à mort et pendu en public…»

Il était jusqu’ici resté dans l’ombre, malgré le meurtre de son épouse, feue Fatoumata Mactar Ndiaye, alors vice-présidente du Conseil économique, social et environnemental (Cese). Répondant au nom de Houdou Bâ, l’homme qui est une figure notoire de la vie politique en Mauritanie, est le père des deux enfants de la défunte vice-présidente du Cese. Pour la première fois depuis ce drame, il sort de son mutisme pour se prêter aux questions de «L’Observateur».

Vous étiez l’époux de la défunte vice-présidente du Conseil économique, social et environnemental, Fatoumata Mactar Ndiaye. Vous le confirmez ?

Je dois tout d’abord vous dire qu’avant d’être mon épouse, feue Fatoumata Mactar Ndiaye était ma nièce. Son père est mon cousin direct. Pour être beaucoup plus précis, sa grand-mère paternelle et mon père sont du même père et de la même mère. Fatoumata et moi, nous nous sommes connus depuis notre jeune âge. À l’époque, dans les années 1962 à 1972, je passais constamment mes vacances à Dakar.
Aujourd’hui, avec le temps et tous les évènements qui ont suivi, je suis devenu l’unique chef de tribu pour les enfants de ma défunte épouse et ceux de ses grands-frères. Pourtant, certains d’entre eux sont plus âgés que moi, mais je demeure leur oncle. C’est d’ailleurs ce qui explique le choix porté sur ma personne pour porter la parole de la famille dans la gestion de ce douloureux évènement, qu’est le meurtre de Fatoumata Mactar Ndiaye, tuée chez elle le 19 novembre 2016, dans des circonstances horribles que vous connaissez. Ce choix n’est donc pas lié au fait que je suis le père de Adama Bâ, qui avait été grièvement blessé par le meurtrier de sa mère, le jour du drame.

Pouvez-vous nous parler de vous, de votre histoire avec Fatoumata Mactar Ndiaye ?

Je me nomme Houdou Bâ. J’ai vu le jour en 1950. Je fus député à l’Assemblée nationale de la Mauritanie et administrateur des régies financières hors classe de la Mauritanie, à la retraite. J’ai fait mes études supérieures à Nouakchott, puis à l’Université d’Orléans en France, puis aux Ecoles nationales d’administration de Nouakchott et de l’Enap de Rabat (Maroc).

C’est en juillet 1973 que j’ai intégré la Fonction publique de la Mauritanie et mon dernier poste fut celui de Directeur des Domaines, de l’enregistrement, du timbre et de la conservation de la propriété foncière et des hypothèques de 1998 à 2002. Puis, je fus ministre de la Promotion des investissements de 2008 à 2009, puis maire de Bagodine, avant de devenir député de Nouakchott et Président du Groupe parlementaire des partis solidaires depuis 2013.

Je suis l’ex-époux de feue Fatoumata Mactar Ndiaye. C’est en 1978 que nous nous sommes mariés. Nous avons malheureusement divorcé en 1992. L’une des causes de cette séparation, fut notamment la crise entre le Sénégal et la Mauritanie, en 1989. Les relations délétères entre les deux pays ont porté un grand coup à notre ménage. C’est ainsi que de commun accord et sans aucune animosité, la rupture a été consommée. Les liens de sang ont fait que nous sommes restés bons amis. La reprise des relations diplomatiques entre le Sénégal et la Mauritanie nous ont davantage rapprochés.

Comment avez-vous appris la nouvelle de l’assassinat de Fatoumata Mactar Ndiaye ?

C’est un des membres de la famille qui m’a joint au téléphoné vers 9 heures du matin, pour m’annoncer la triste nouvelle. A ce moment précis, je me trouvais à l’Assemblée nationale de la Mauritanie. Naturellement, cela a été un choc pour moi. J’ai été davantage bouleversé et dévasté lorsqu’on m’a décrit les circonstances atroces de sa mort. Je suis resté liquéfié en apprenant également que l’auteur de ce crime est Samba Sow, son chauffeur.

J’avoue que pendant une bonne trentaine de minutes, je suis resté sans voix. Je me suis posé mille et une questions, mais je ne parvenais pas à comprendre ce qui a amené Samba Sow à s’en prendre avec autant de cruauté à cette bonne dame généreuse et qui a tant fait pour lui. J’ai aussitôt quitté les locaux de l’Assemblée nationale de la Mauritanie et je me suis rendu à mon domicile. Après avoir préparé mes bagages, j’ai débarqué à Dakar où je suis arrivé aux environs de 23 heures. Ce qui s’est passé est tout simplement horrible et Fatoumata ne méritait pas ça.

Pensez-vous que le meurtre de votre épouse a été commandité, comme l’affirme le présumé meurtrier Samba Sow ?

Écoutez, je suis un homme sensé et mesuré. Sous ce rapport, je ne peux pas du tout croire aux délires d’un criminel qui est de surcroît, arrogant, grossier et désinvolte. Mais je suis formel et c’est ma conviction, Samba Sow est l’unique assassin de Fatoumata Mactar Ndiaye. Chercher à mouiller d’autres personnes est, à mon avis, un stratagème qui ne pourrait pas prospérer.

Samba Sow a fait des déclarations truffées d’incohérences, qui ne relèvent que de son imagination fertile pour articuler son moyen de défense. Mais sa traîtrise, sa mauvaise foi et son hypocrisie ont été mises à nu. Il s’est perdu dans ses propres mensonges au point même de s’enfoncer davantage et il n’est nullement besoin d’être un expert juridique pour savoir qu’il n’a pas convaincu les juges.

Quid alors du mobile politique avancé pour expliquer ce crime ?

Devant l’inexplicable et l’inconnu, on peut penser à toutes sortes d’hypothèses pour chercher à comprendre. Il est aussi vrai que dans cette vie, rien n’est impossible. Mais, à ce stade de la procédure qui a été diligentée, la seule constance qui se dégage, est que l’accusé Samba Sow a tué avec une atrocité inouïe cette brave femme qui le traitait comme son propre fils.

Avez-vous confiance en la Justice sénégalaise au point d’attendre d’elle qu’elle dise le Droit ?

Bien sûr que oui. La Justice sénégalaise a une réputation légendaire. Elle est l’une des meilleures d’Afrique pour ne pas dire la meilleure. Elle dispose de magistrats dont le professionnalisme, la probité morale et l’indépendance ne souffrent d’aucun doute. Ceux qui ont suivi ce procès de bout en bout, se sont fait une religion du talent du Président de la Chambre criminelle de Dakar, du Procureur général, mais également des avocats qui ont fait preuve d’une grande maîtrise du sujet. J’ai été particulièrement sensible au sérieux et à la rigueur dont ils ont fait montre dans la conduite du procès.

La peine des travaux forcés à perpétuité requise par le Procureur général vous a-t-elle satisfait ?

Satisfait, c’est trop dire. Même si Samba Sow était condamné à mort et pendu en public, une telle sentence ne m’aurait pas satisfait, parce que 100 Samba Sow ne valent pas une seule Fatoumata Mactar Ndiaye. Mais comme le législateur sénégalais n’a pas prévu une peine plus lourde qui va au-delà des travaux forcés à perpétuité, je peux dire que le Procureur général n’a pas failli à sa mission. Bien au contraire.

Si l’occasion vous était donnée d’être en face de Samba Sow, qu’allez-vous lui dire ?

Quoi ? Moi parler à Samba ? Non, arrêtez de m’insulter !

L’Observateur

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